
Dans l’Archipel des Baléares, Minorque a su préserver
un certain charme sauvage. Sur l’île “bleue et blanche”, les grands
immeubles, bien qu’existants, ne font pas la loi comme sur la Majorque
voisine. La falaise de la côte au nord, escarpée et battue
par des fréquents coup de “tramuntana”, semble inhabitée
sur des dizaines de milles. Par anticyclone estival, après
une traversée souvent à la “risée diesel”, le
skipper venu du continent peut se faufiler dans toutes ces inombrables
criques du “petit bout de terre au milieu des flots”. Récit d’une
traversée nocturne et d’un tour de l’île - avec un léger
souffle dans le nez.
Enfin, le phare du Cap San Sebastien dans notre dos ne fait plus scintiller le mât et nous laisse seul avec la lumière des étoiles. Le vent de sud s’est également calmé: il ne reste plus que le ronronnement de la risée diesel sous nos pieds: c’est dans le calme de la nuit que nous glissons en direction de Minorque. Avec un prix de location inférieur de presque 30% par rapport aux Baléares, cela valait le coup de louer sur le continent et de s’offrir en prime la magie d’une navigation nocturne. Cet après-midi, le début de la traversée a été plus agité: la brise aspirée par la face sud des Pyrénées, s’est levée plus forte que prévue, conjuguée à un léger vent météo. Au lieu des 4 Beaufort annoncés, on en a eu sept - en plein dans le nez.
Maintenant, il ne reste plus qu’un petit souffle, toujours de face: nous sommes condamnés à une traversée au moteur. C’est certainement pour donner raison au vieil adage: en Méditerrannée, il y a toujours trop de vent ou pas du tout. La trajet vers la Baléares à partir de la France n’échappe pas à cette règle. Si, en été, il y a du vent au large, on a des chances que ce soit une tramontane forte. Le reste du temps, c’est la pétole ou presque...
Pendant que nous glissons dans cette mer d’huile, quelques dauphins jouent dans notre vague d’étrave, se trahissant par des ploufs dans le noir. Au niveau navigation, la traversée à partir du Cap Creus vers les Baléares s’apparente également à un jeu d’enfant. C’est simple, il suffit de rester toujours plein sud: sur Cap 180, on tombe forcement sur Majorque, et un peu plus à babord, c’est sa petite soeur Minorque.
En me retournant vers la poupe j’admire l’étoile polaire qui brille au dessus de notre sillage. Si, par magie noire, il n’y avait plus de boussole et encore moins de GPS à bord, on garderait tout simplement cet amer celeste pile dans le dos, pour arriver aussi sûrement aux Baléares qu’avec les merveilles technologiques de la nav’ moderne. D’ailleurs, en mesurant la hauteur de l’étoile polaire au sextant, on pourrait lire notre latitude directement sur le cadran, sans aucun calcul, à un degrée près. Seulement voilà, essayez- donc de viser l’étoile polaire en pleine nuit sans horizon...
Le lendemain, nous voyons apparaître un bout de terre à tribord devant : ce sont les premières ombres de Majorque, île montagneuse et massive. En revanche, les falaises blanches de Minorque ne surgissent de l’horizon que quelques milles avant l’arrivé: l’île “blanche et bleue” ressemble à un plateau assez bas, son plus haut point culminant tout juste à 358 mètres. “Menorca”, c’est un petit joyau bien caché au coeur de la Méditerranée: à peine 50 kilomètres de large et 20 kilomètres entre le Nord et le Sud. Certainement une explication pour cette lumière et couleur bleue exceptionelle du ciel au-dessus de Minorque: l’île n’est qu’un petit bout de terre tout sec au beau milieu des flots.
La dessus, il y a quelques dolmen et pyramides en pierre en témoins de cultures mégalithiques, trois petites villes, une poignée de villages au maisons blanches et quelques 60.000 habitants. Evidemment, en plein été, il y aussi l’inévitable flux de touristes débarquant du continent. Mais comparée aux autres îles de l’archipel des baléares, Minorque a su rester plus sauvage. Certes, on y trouve quelques pechés comme ce grand immeuble à l’entrée de l’anse de Ciutadella, mais les autres agglomérations touristiques se font plus discrètes.
Arrivés dans le petit port de Ciutadella, nous nous étonnons du nombre de bateaux mouillés: ce n’est pas encore la haute saison, et pourtant, il n’y a visiblement plus la moindre place. Au quai d’honneur, juste en face des terasses des petits restaurants et cafés, le skipper d’un des mégayachts amarrés nous donne l’explication: c’est la fête locale de San Joan qui, en célebrant le début de l’été et en ouvrant la longue série des fiestas insulaires, attire les plaisanciers de tout l’Archipel vers le petit “St.Tropez des Baléares”
José nous permet de nous ammarer en couple à son “paqueboat”: coincés entre lui et un autre de ces mégayachts, on a l’impression d’être entourés des murs d’une écluse, mais au moins nous avons trouvé une petite niche pour notre First 345 et ne devons pas sortir l’annexe pour débarquer dans les ruelles de Ciutadella.
Jusqu’en 1722, c’était la capitale de l’île: après, l’Angleterre, alors maître de Minorque, donnait ce titre au bourg de Mahon situé dans le sud-est. Les Anglais ont d’ailleurs laissé au moins une trace bien visible: aujourd’hui, la fiesta s’arrose avec du Gin, boisson préférée des insulaires, servie à chaque coin de rue dans un petit verre garnie d’une feuille de menthe. La visite de Ciutadella est incontournable: les ruelles sont bordés de vielle facades de tous styles et toutes les couleurs: blanches ,ocres et rouges. Noin loin du palais bordé de palmiers se dresse l’imposante cathédrale de Minorque: venu de mer, le bourg ne paraissait vraiment pas si grand. De retour sur les quais du petit port à dimension “plaisance”, nous visitons les magasins qui occupent des grottes dans la falaise: même si les marchandises paraissent aussi peu utiles que dans n’importe quelle boutique de souvenirs, au moins le cadre est très beau, et il y fait frais.
En revenant au bateau, José nous invite pour un dernier verre de Gin. Lui et son collègue cuisinier resteront tout l’été sur ce mégayacht de leur employeur. Le navire ne sert qu’à une chose: le propriétaire, un grand patron de Barcelone, embarque de temps à autre avec d’autres hommes d’affaires pour un petit tour dans la prochaine crique. Là, c’est le déjeuner, et tout le monde rentre au port. Le reste du temps, les deux employés passent le temps à se raconter leur dernière traversée hivernale de l’Atlantique - sur leur propre voilier de 25 pieds..
Le lendemain, José nous tend la feuille que son NAVTEX vient de cracher. Ca y est, le vent de Nord devra se lever dans deux jours: il est temps de partir pour pouvoir profiter des criques sauvages de la côte au nord avant qu’elles ne deviennent inaccessibles. L’île de Minorque se contourne généralement dans les sens des aiguilles d’une montre puisqu’en cas de vent de nord, la remontée de la côte Est serait plus que pénible.
Evidemment, lorsque nous longeons les falaises de la côte nord “dans le bon sens”, nous ne rencontrons pas les brises diurnes prévues, mais un faible vent d’est - en plein dans le nez. Tant pis, le spectacle est beau: le long de la falaise déchiquetée se dressent des murailles et pyramides de pierre: en dehors de ces vestiges préhistoriques, aucune trace de vie humaine n’est visible. Tous les deux ou trois milles, une grotte ou une “cala” creuse un trou dans la roche: si ces criques n’offrent aucun abri lorsqu’il y a vent et mer, aujourd’hui nous pouvons les visiter à volonté. A défaut d’une navigation sportive, au moins la baignade dans l’eau chaude et cristalline d’une cala déserte du Cap Cavalleria est assurée.
Le soir venu nous rentrons dans le vaste fjord de Fornells. Il est vrai que le petit village fait penser à un hameau d’Afrique du Nord: au milieu d’un désert de rocaille et de buissons secs se dressent quelques maisons toutes blanches avec des volets colorés et bordées de palmiers. Le port se limite à quelques pontons, mais il n’y a guère besoin de port ici: le plan d’eau de Fornells représente un des meilleurs abris de Minorque. Nous mouillons entre “l’île des lézards” et la rive Est du fjord. Alors que le soleil couchant embrase le ciel, le silence de cette baie, partagé avec d’autres bateaux peu nombreux, offre un contraste reposant à l’ambiance festive du port de Ciutadella. Calme et sérenité règnent sur la plus grande partie de Minorque, nommé aussi “Île de la Paix”: celui qui cherche la fête et la vie des quais ferait mieux d’aller à Palma de Mallorca, où mieux, à Ibiza. En temps normal, c’est d’ailleurs plûtot là-bas que l’on doit se contenter des petits vents et de quelques brises: Minorque en revanche est généralement plus ventée puisque sous influence directe du Golfe du Lion. Ce soir, il n’y a pas le moindre souffle, et aucune vaguelette ne vient frapper la coque pour déranger le silence de cette douce soirée d’été. On se croirait échoués!
Le lendemain, il n’y a guère plus de vent lorsque nous contournons le Cabo Pantinat pour visiter le petit village d’Addaia. Addaia offre également un plan d’eau intérieur parfaitement protegé. À la différence de Fornells, l’accès parsemé de hauts fonds s’avère dangereux lorsqu’il y a du vent fort de nord. “Addaia” ou “Addaya” - ce n’est pas par hazard que ce lieu, tout come bon nombre d’autres villages minorquais, porte un nom à consonnance arabe. L’île était la toute dernière des Baléares à être reconquise par les chrétiens après être restée pendant presque quatres siècles sous le règne du Califat de Cordoue. Un peu comme la Corse, Minorque avec sa position stratégique au milieu du “mare nostrum” a vu passer bon nombre de conquérants: Phéniciens, Grecs, Romains, Vandales, Arabes, Turcs et Anglais... Même la France a temporairement regné sur l’Île avant de rendre définitivement la main aux Espagnols.
Pour bon nombre d’Espagnols, “Mahon” est synonyme d’un mauvais souvenir: ce n’’est pas seulement un vrai port de commerce, mais aussi une grande base navale où des jeunes hommes espagnols ont du passer leur service militaire. Lorsque nous rentrons dans cette grande baie de la capitale actuelle de Minorque, le spectacle contraste fortement aux criques sauvages que nous venons de visiter les jours passés: ici, ce ne sont pas tellement les pinèdes qui bordent l’eau, mais plûtot des immeubles et même quelques usines. Sur les quais, des batiments de guerre americains et de grands ferries. Heureusement, derrière l’”Isla del Lazareto”, dans la Cala Teulera, nous trouvons un mouillage fort agréable et calme à quelques encablures de la ville.
Après avoir dépassé l”Isla del Aire”, nous nous trouvons sur la côte sud de Minorque- exceptionellement avec un petit vent porteur! La côte sud est un peu plus urbanisée, mais les agglomérations touristiques se cachent assez bien derrière les falaises et bosquets. Pourtant, les criques les plus connues de Minorque comme la Cala Covas se trouvent ici. Même si le prochain bourg ne se trouve jamais très loin, on garde l’impression d’être sur une île déserte. La Cala Covas est tellement sauvage que même des hommes de cavernes y ont survécu: quelques unes des grottes troglodytes de la crique sont habités par une poignée de barbus aux pieds nus. Visiblement ils sont passés de l’ère du nomadisme à celle de l’agriculture: devant une de ces “habitations” poussent des plantes de chanvre.
Nous passons la dernière nuit sur Minorque dans la Cala Mitjana. Lorsque nous levons l’ancre dans cette crique couleur carte postale pour prendre le chemin du retour, nous avons l’impression que l’île nous offre un dernier feu d’artifice: dans la luminosité exceptionelle de Minorque, les falaises blanches brillent sur les eaux turquoises, et animés par une légère brise thermique, les pins secouent leurs branches vertes pour dire au revoir.
Inutile de préciser que lors de la traversée vers les
côtes du Roussillon, nous passons d’abord une nuit accompagnés
du bruit de moteur dans la pétole. Pour nous retrouver ensuite ,
à l’endroit où à l’aller nous étions contrés
par un léger vent de sud, avec une tramontane naissante - en plein
dans le nez, pardi!
Menorca pratique
Géographie, Politique, Langue:
La Minorque fait partie de la Communauté Autonome des Iles
Baléares, Région autonome de l ‘Espagne et donc de la CEE.
Langue: le Catalan et l’Espagnol Castillan.
Argent: Payement en Pesetas Espagnols, Cartes de Crédit en
Euro ou en Pesetas. Distributeurs dans les villes.
Comment y aller?
En voilier:
Pour Ciutadella depuis Port Vendres environ 160 Milles. (Passer
le Cap Creus et afficher ensuite le Cap 171 pendant 140 Milles). Cette
traversée longe un premier temps la côte espagnole et permet
de de s’y abriter en cas de besoin. Après une escale sur la Costa
Brava, la distance de traversée entre le Cap San Sebastian et la
baie de Ciutadella n’est plus que de 117 Milles. La traversée vers
les Baléares est souvent comparée à celle vers la
Corse, avec des conditions de vent et mer plus favorables. Il n’empêche
que si la zone entre Barcelone et Mallorca semble parfois un pleu plus
protegée, dans le secteur de Minorque il convient de rester tout
aussi vigilant quant aux vents du nords qu’en Provence ou dans le Golfe
du Lion.
La directe depuis la Côte d’Azur est d’environ 210 Milles
à partir de Marseille ou Porquerolles. Pour le retour, il convient
de prévoir suffisament de temps puisque dans ce sens on rencontre
encore moins de vents portants.
Autre possibilité: aller en avion ou en ferry à Mallorca
et louer un voilier là-bas. (Traversée Puerto Pollensa -
Ciutadella environ 35 Milles)
Cartes et documents nautiques:
SHOM Nr. 7203 P (des Iles Baléares à Marseille) pour
la traversée,
Menorca SHOM Nr.7117 ou Navicarte E.01. Sur place, le Pilote Côtier
“les Iles Baléares” d’Alain Rondeau s’est avéré indispensable.
Navigation:
Relativement facile: peu de cailloux, marée insignificative,
déviation compas négligeable. Tour de l’Ile de Menorca: environ
70 Milles
Avitaillement:
Profiter des escales à Mahon ou Ciudadella.
Météo:
Il faut surtout surveiller le coups de Mistral/Tramontane, qui arrivent
ici en “Tramuntana”, qui peut battre violamment la côte nord de l’île.
Le suivi de la météo française (Par exemple via France
Inter 162 kHz ou alors par téléphone GSM près des
côtes) previent suffisament tôt de ces vents qui, rappelons
le, ne sont généralement pas prévisibles avec les
moyens du bord! Sinon: NAVTEX en Anglais et Espagnol. Affichages dans les
Yacht Club des ports. Les autres vents comme Levante et Sirocco soufflent
plus rarement en été et s’essouflent en général
plus vite.
Téléphone:
Le réseau GSM est de bonne qualité et permet l’utilisation
des portables quasiment partout autour de Menorca.
Location: Nous avons loué notre First 345 chez
Roussillon Marine, 7, quai de la République, F-66660 Port
Vendres.
Tél 04 68 82 12 41 Fax 04 68 82 36 08. La société
possède également une base à Puerto de Pollensa dans
le Nord de Mallorca, mais les tarifs sont bien plus intéressants
à partir de Port Vendres: en moyenne saison, notre First 345 coûterait
13.600,- Francs à Pollensa et 9.700,- Francs à
Port Vendres!
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(c) Sascha Burkhardt